S’il est bien d’aller mieux, il est mieux d’aller bien

Penser au lendemain afin d’agir en amont sur le cours des évènements à venir, sur la base d’une prédiction ou de l’observation, a toujours caressé l’esprit humain. Des savants vont jusqu’à émettre l’hypothèse que cette faculté est une spécificité de l’être humain qui aurait ainsi le privilège d’en être le seul nanti. Cette démarche sert de socle à la planification et à l’éviction de la survenue d’un danger ou d’une surprise désagréable. L’aptitude y afférente s’est développée au fil des millénaires avec l’augmentation progressive de la masse cérébrale de notre lointain ancêtre, satellite de la verticalisation ayant conduit à la bipédie. Constamment abrités par la peur de la mort, nous nous attelons à éviter la maladie en combattant les facteurs susceptibles d’y concourir, à travers deux piliers essentiels, l’hygiène et la vaccination. La prévention aura pour cible la sève nourricière des deux bras de la balance pathologique, les maladies transmissibles et les maladies non transmissibles.

La séparation entre maladies transmissibles (infectieuses et parasitaires) et non transmissibles (hypertension artérielle, diabète, cancers, maladies respiratoires chroniques, maladies dégénératives) est schématique. L’hépatite virale B, maladie transmissible, peut aboutir au cancer du foie, classé dans les maladies non transmissibles ; de même, l’infection au papillomavirus humain, la plus courante de celles affectant l’appareil reproducteur, peut faire le lit d’un cancer du col de l’utérus ; de nombreuses maladies infectieuses affectant le cerveau peuvent se compliquer de troubles mentaux.  La classification a cependant le mérite d’être opérationnelle, donnant raison à Paul Valéry pour qui « Tout ce qui est simple est faux, mais tout ce qui est compliqué est inutilisable ».

Bien évidemment, seule la connaissance des différentes facettes d’une maladie en permet souvent la prévention et le traitement. Alexandre le Grand est mort à 33 ans d’un paludisme grave, et Ronald Reagan à 93 ans d’une maladie d’Alzheimer. Le lien étroit entre l’air que nous respirons, les aliments que nous consommons et notre cadre de vie d’une part, et les maladies que nous contractons d’autre part, a été relevé par Hippocrate dans son Corpus, avant d’être repris par Avicenne en 1025 dans le Canon de la médecine. Le rôle de l’insalubrité dans la survenue des maladies a servi de fondement à la démarche de Hygie, déesse de la santé, de la propreté et de l’hygiène dans la mythologie grecque, dont le nom servira de radical au mot « hygiène ». L’hygiène alimentaire, corporelle et du milieu a longtemps constitué l’essentiel de la prévention contre les maladies transmissibles. L’homme s’en est rendu compte bien avant la découverte à partir de la fin du 19ième siècle de leur cause que sont les microbes, les virus et les parasites. De même, ces maladies, encore cause d’une forte mortalité des moins de cinq en Afrique sub-saharienne, ont été combattues en Europe, par le biais de l’hygiène et de l’assainissement, bien avant l’usage des premiers antibiotiques en 1938. Pasteur, après la découverte par lui des microbes, se rendit rapidement compte que le microbe n’est rien, et le milieu est tout. En d’autres termes, la présence du microbe est une condition nécessaire mais non suffisante à la survenue de la maladie, le microbe ayant besoin d’un terreau fertile (organisme dénutri et affaibli) pour croître, proliférer et agresser. Abriter le bacille de Koch est sans conséquence sur un organisme robuste, mais source de tuberculose chez l’immunodéprimé et le mal nourri. La rougeole, bénigne chez l’enfant antérieurement bien portant, est cause de mort chez celui dénutri.

La seconde arme de prévention des maladies infectieuses réside dans la vaccination (le mot vient de la vaccine, une maladie des bovins due à un virus cousin de l’agent responsable de la variole) dont le médecin anglais Edward Jenner(1796) est le père. La vaccination contre des maladies autrefois mortelles (poliomyélite, rougeole, variole, diphtérie, coqueluche, tétanos, méningite, fièvre jaune, infection par Haemophilus influenzae de type b, infections à pneumocoques, hépatites virales, diarrhée à rotavirus, etc.) a permis de sauver d’innombrables vies humaines. Le Programme Élargi de Vaccinations (PEV) comporte à ce jour une dizaine de vaccins administrés aux enfants au Togo.

Le champ de l’hygiène déborde le strict cadre des maladies infectieuses et s’étend à celui des maladies non transmissibles. Ces maladies sont favorisées par l’obésité, la sédentarité, l’hérédité, l’alcool, le tabac, le stress, etc., présents à des degrés variables chez un malade. L’époque de réputation de rareté de ces maladies en Afrique est révolue. Elles sont l’une des principales causes de mortalité des plus de 40 ans, et sont d’autant plus préoccupantes que leurs prévalences ne cessent de croître : l’hypertension artérielle  affecte en moyenne 30% et le diabète 5 à 10% des adultes en Afrique où obésité touche aussi bien les enfants que les adultes : le nombre d’enfants en surpoids ou obèses a pratiquement doublé en une quinzaine d’années, selon l’OMS ; un taux d’environ 30% d’obèses est observé chez des adultes en zone urbaine africaine. Selon certains auteurs, 20 à 50% des populations urbaines africaines sont en surpoids ou obèses. L’obésité par le biais des maladies métaboliques qu’elle entraîne, favorise les accidents cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, que l’on compte parmi les principaux motifs d’hospitalisation en réanimation médicale en Afrique sub-saharienne. L’hérédité, la sédentarité, l’alimentation, des troubles hormonaux, la perception positive dont elle jouit, notamment dans l’imaginaire masculin, sont les principaux facteurs qui concourent à la survenue et à l’entretien de l’obésité. Les cancers les plus fréquemment observés en Afrique sont ceux de la prostate, du sein, de l’utérus, du foie, des poumons et du sang. Le cancer du col de l’utérus est favorisé par l’infection au papillomavirus humain, celui des poumons par le tabac, et celui du foie par l’alcool et les hépatites virales.

De ce qui précède découlent les mesures préventives suivantes : une alimentation variée et équilibrée (évitant le trop gras, le trop salé et le trop sucré, comportant des fruits et des légumes, et accordant la place qu’ils méritent à nos plats locaux), une bonne hygiène du milieu et une activité physique soutenue, nous éloignent de l’obésité et de bien de maladies transmissibles et non transmissibles ;  l’alcool et le tabac, parce que concourant à la survenue des cancers, sont à éviter ; le vaccin contre l’hépatite virale B nous préserve de celle-ci et du cancer du foie qui pourrait en résulter ; le vaccin contre le papillomavirus prévient le cancer du col de l’utérus ; la vaccination de nos enfants, conformément au Programme Élargi de Vaccinations, est une arme efficace contre les maladies y afférentes ; l’information de futurs époux porteurs d’un trait drépanocytaire est indispensable à une prise de décision éclairée ; avoir une conception et une perception positives de l’existence et s’attacher principalement aux besoins naturels et nécessaires,  mettent à l’abri d’un vieillissement précoce et éloignent du risque des maladies aussi bien transmissibles que non transmissibles.

 

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