Discours prononcé le 24 avril 2018 à l’occasion de la cérémonie de lancement de la contractualisation au CHU-SO par le Chef de l’Etat

L’atmosphère du CHU-SO est imprégnée d’une bouffée réformiste, en ce jour exceptionnel, et sa surface subitement exiguë en raison de l’importance de la foule qui l’occupe à cet instant solennel. Cette  foule est dotée d’un corps, cette foule est dotée d’une âme, et cette foule est dotée d’une spécificité, issue d’une communion sacrée ainsi que d’une ferveur dans l’affirmation d’un idéal partagé, celui relatif à la préservation ou à la restauration de la santé.

En nous retrouvant ici, nous obéissons à une tradition légendaire, relative au questionnement sur l’orthodoxie dans la pratique de soins, orientée vers la satisfaction du patient. Cette question a préoccupé nos lointains ancêtres sumériens et égyptiens, taraudé l’esprit des Gréco-romains et des Persans, et suscité de nombreuses réflexions dans les institutions ayant en charge la santé. En lien étroit avec la vie et donc avec la mort, la dispensation de soins a toujours été associée au sacré, aux croyances, à la morale, et à la déontologie régissant les faits et gestes des acteurs de la santé, ainsi qu’à la gestion des centres où ils exercent leur art. Ce dernier point, relatif à la gestion, est aujourd’hui au cœur de tout système de santé qui se veut viable et profitable au plus grand nombre. Il fait partie intégrante de la gouvernance, tout en sachant qu’on ne fait pas de la politique avec la seule raison, mais qu’on n’en fait pas davantage sans.

Merci donc à vous tous d’avoir répondu présents à cette cérémonie de lancement qui consacre l’importante réforme de la gestion de nos formations sanitaires engagée par le Chef de l’Etat, et basée sur l’approche contractuelle. Cette approche trouve son fondement dans l’histoire, son essence dans la finalité de l’art de soigner, et son ancrage dans sa mise en œuvre, empreinte d’une forte togolité.

Trois temps ont marqué la gestion des systèmes de soins dans l’histoire de l’humanité :

  • Dans le premier temps, étalé sur des millénaires et antérieur à l’instauration de l’Etat moderne, la gestion des centres de soins relevait du sacré, de la magie, puis des Saintes Ecritures, bien servie au Moyen-Age par un Vatican triomphant et par un Islam conquérant. La morale qui en était issue était censée permettre le cadrage des comportements en vue d’une gestion orthodoxe ; peine perdue, du fait de la complexité de l’homme, être ondoyant, inconstant et divers, selon Montaigne ;
  • Le deuxième temps est une conséquence de la naissance de l’Etat, triomphant, tentaculaire, dominateur, et désireux de tout gérer et de tout régenter ; tout passa ainsi sous son escarcelle, facultés et hôpitaux compris ; mais les limites du tout Etat permirent de se rendre compte, et ce bien avant Frazier, que la nature est probabiliste, l’information incomplète, les ressources limitées, les résultats essentiels, et les décisions obligatoires ;
  • D’où le passage au troisième temps au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, avec la naissance et la mise en oeuvre du partenariat public-privé dont la contractualisation est une émanation. Tout en restant responsable de la santé de sa population, l’Etat ne saurait être le seul acteur dans la mise en oeuvre des soins y concourant.

Ainsi, au nom de l’efficacité, ici comme ailleurs, l’humanité tira les leçons de son histoire, véhicule du  passé, ressassé pour être dépassé.

C’est dans cette logique et en raison de l’écoute attentive qu’il accorde particulièrement au silence assourdissant des plus démunis, que le Chef de l’Etat fait arrimer les engagements du candidat qu’il fut aux actions du Président qu’il est. Ces engagements, pivotés par le social, comportent une mention spéciale axée sur la redynamisation du secteur de la santé. Cette  redynamisation se présente sous la forme d’une balance à deux bras : l’assainissement du mode de gestion d’une part, car on ne recueille pas de l’eau avec un panier, et la modernisation et l’équipement des formations sanitaires d’autre part, car nul ne saurait se soustraire des progrès de son temps.

L’assainissement de la gestion par l’approche contractuelle, trouve sa justification dans la désaffection de nos populations pour les formations sanitaires publiques, née du fossé sans cesse croissant entre les ressources injectées et les résultats enregistrés.

L’approche contractuelle, dans sa forme togolaise,  se présente comme une thérapie à une maladie de longue durée, administrée avec bienveillance, sérénité et détermination, mais sans stigmatisation, sans personnalisation, sans personnification. Ses principales caractéristiques sont compilées dans une convention entre l’Etat et la société contractante, en parfaite harmonie avec les règles de l’administration publique : la formation sanitaire garde son statut public ; les agents qui y travaillent relèvent de l’Etat, de même que les infrastructures et les équipements ; les prix des prestations et des examens sont fixés par l’Etat ; la société contractante, entité non étatique jouissant d’une délégation de gestion, est  chargée de mettre en place des outils et des mécanismes en vue d’une gestion orthodoxe ; ses agents s’intègrent dans l’organigramme de la formation sanitaire, y travaillent de concert et de façon transparente avec les différents acteurs ; elle est rémunérée par l’Etat pour ses prestations de gestion.

C’est ainsi qu’à Atakpamé et à Blitta où la contractualisation est mise en œuvre depuis le 15 juin dernier, le comité de trésorerie a été remanié et réactivé. Composé des représentants des différents acteurs, ce comité, sur la base des recettes enregistrées et connues de tous, décide des dépenses à effectuer, établies d’un commun accord et selon les priorités du centre. Le mode de fonctionnement de ce comité de trésorerie a eu pour effet immédiat le rétablissement de la confiance entre les différents acteurs. L’engagement et la détermination des agents  ont transformé le possible en probable, et le probable en réalisé. Ainsi, après huit mois de mise en œuvre au CHR d’Atakpamé, la contractualisation a permis :

  • d’assurer un taux de recouvrement de 85%, contre 33% ;
  • d’enregistrer une augmentation des recettes de 80% (42 millions de francs en février 2018 contre 23 millions en février 2017) ;
  • d’enregistrer une augmentation de 100% des recettes en pharmacie (1.000.000 FCFA par jour, contre 500.000 FCFA) ;
  • d’éponger les 46 millions de découvert à la banque ;
  • de payer régulièrement depuis le 30 juin 2017 les 18 millions de francs de salaire mensuel aux 109 agents émargeant sur son budget ;
  • de réhabiliter la pharmacie, et de se doter sur fonds propres de deux microscopes, de six ordinateurs, d’une table d’accouchement, et de deux brancards, d’un coût total de 13.300.000 FCFA ;
  • d’assurer une disponibilité de 97% des produits pharmaceutiques sur la base d’une liste des 52 médicaments établie par les agents ;
  • de réduire le taux de retard de 12 à 3,6% ;
  • d’enregistrer une augmentation du taux de consultations de 12%, du taux d’hospitalisations de 10%, des actes chirurgicaux de 36%, et des accouchements de 70%.

Les résultats enregistrés à Atakpamé justifient le début de la phase d’extension de la réforme aux hôpitaux de Sokodé, de Kara et de Dapaong, dès la semaine prochaine, conformément aux instructions du Chef de l’Etat. Ces résultats prouvent que bon nombre de problèmes aujourd’hui évoqués dans le secteur pourront trouver des solutions à travers une saine gestion de nos formations sanitaires.

La présente cérémonie inaugure l’ancrage de la contractualisation au CHU-SO. Ce centre est caractérisé par trois facteurs : sa glorieuse histoire, marquée par les pères de la médecine togolaise, sa fascinante géographie, portée par une alléchante qualité en ressources humaines, mais aussi un lourd fardeau, dû à divers dysfonctionnements, et que reflète sa sombre image dans l’opinion publique.

L’équipe des pères de la médecine togolaise, à qui nous devons notre formation, comportait en son sein de fortes personnalités, tels que le si structuré Kékéh, le si bienveillant Nabédé, le si humaniste Amédomé, le si cultivé Vovor, le  si humble Nakpane, le si vertueux Bitho, et le si méthodique d’Almeida. Ces maîtres, dont nous sommes fiers d’être des héritiers, de l’endroit où ils sont, et attachés qu’ils sont aux forces de l’esprit, ne peuvent qu’espérer l’appropriation par nous du modèle qu’ils nous ont légué, à travers une carrière menée avec abnégation, dans des conditions souvent difficiles, et déroulée en cinq étapes : apprendre à faire, faire, montrer comment faire, faire faire, et laisser faire.

L’histoire n’est que la géographie dans le temps, et la géographie n’est que l’histoire dans l’espace. Le CHU-SO n’échappe pas à cette lucide formule de Reclus. Voilà pourquoi  de sa fabuleuse histoire, ce centre va tirer sa géographie humaine, marquée à ce jour par l’une des plus  fortes densités cérébrales au mètre carré de notre pays : 232 médecins et internes dont 15 professeurs titulaires, 12 professeurs agrégés, 80 médecins spécialistes, 23 généralistes en spécialisation, et 101 internes, répartis dans différents services, le tout constituant la charpente de l’encadrement d’une douzaine de spécialités médicales et chirurgicales. La qualité de son personnel et l’importante part du budget de la santé à lui alloué,  en net déphasage avec les prestations qu’il offre, expliquent l’immense déception de nos compatriotes et leur désaffection pour le CHU-SO. Les prestations sont truffées de pratiques peu recommandables, aux antipodes de la déontologie, et dont la fréquence, la diversité, la nuisance, voire la cruauté, connues de tous, ne sont pas à rappeler.

La  contractualisation, qui vise à prévenir ou à  corriger les dysfonctionnements et les mauvaises pratiques, par le biais d’une bonne gestion, repose sur trois piliers : l’engagement du Chef de l’Etat, la collaboration des acteurs, et l’expertise du contractant.

L’engagement du Chef de l’Etat, illustration de son inoxydable volonté politique, a généré et distillé le culte de l’audace, de l’offensive et de l’action, ainsi que  celui de la folie des passions, toujours préférable à la sagesse de l’indifférence (Anatole France). C’est avec courage et détermination qu’il a engagé cette réforme, tout en ayant à l’esprit, comme Edgar Faure,  qu’avoir toujours raison ou avoir précocement raison, est un grand tort.

Les fructueux échanges avec les confrères agents de santé, reflètent leur volonté de collaboration.  L’élite, représentée par les chefs de services, professeurs agrégés et titulaires, agira sans nul doute en météores, destinés à brûler pour éclairer la nouvelle ère, selon la formule de Napoléon Bonaparte ; nous parions qu’ils agiront en experts, c’est-à-dire en savants qui s’ignorent, devant des ignorants qui s’avouent, selon André Malraux ; nous avons la ferme conviction qu’ils se comporteront en dignes filles et fils de notre pays, prêts à illuminer notre peuple, tels que symbolisé par l’étoile blanche de notre drapeau. Grâce à votre détermination, chers confrères, nous parviendrons à relever le défi, et à lever le front pour laver l’affront.

La maîtrise du sujet par le contractant est aussi un gage de réussite. Bénéficiant d’une réelle délégation de gestion, il jouit autant d’un droit d’ingérence que d’un devoir absolu de résultats. Nous serons donc attentifs à tout ce qu’il conviendra de faire pour rendre fonctionnel et opérationnel le CHU-SO. Le bon diagnostic reposera sur sa faculté à imaginer l’inimaginable, à détecter les pièges sous-tendant les pratiques contraires à l’orthodoxie, sur sa lucidité à avoir constamment à l’esprit que rien n’est plus caché que le plus apparent, et sur sa faculté  à dénicher l’épée que tenterait de masquer un sourire ravageur et angélique. La thérapie reposera sur sa capacité à ouvrir, à fouiller, à creuser, à dénicher, à démasquer, et à ne laisser nulle place où le regard et la main ne passent et ne repassent. Dans le même temps, l’Etat assurera et assumera, en appliquant notamment les règles républicaines, nécessaires au bon fonctionnement de chacune de ses entités.

La combinaison de tous ces atouts aboutira à une synergie permettant à notre centre de retrouver sa splendeur d’antan, de répondre aux attentes de nos compatriotes, et de remplir sa mission, en harmonie avec celle de tout le ministère, consistant à ajouter des années à la vie, et de la vie aux années.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.

 

 

 

 

 

 

 

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