La santé n’est pas que médecine

La tendance à réduire le champ de la santé à celui de la médecine est trop fréquente. Il en est de même de celle visant à réduire le ministère de la santé à celui de la médecine, et celui du budget alloué à la santé à celui du seul département de la santé.

Ces tendances résultent de l’oubli trop répandu du rôle fondamental des actions préventives situées en amont de la survenue de la maladie : les progrès scientifiques et techniques du 19ième siècle ont servi de socle aux mesures collectives d’hygiène et d’assainissement qui ont permis à l’Europe de se débarrasser des épidémies (tuberculose, choléra, fièvre typhoïde) bien avant 1938, date d’introduction des antibiotiques dans l’arsenal thérapeutique. Une preuve est fournie par l’irruption d’épidémies de choléra lorsque les conditions d’hygiène et de salubrité sont érodées, entraînant la consommation d’eau sale (guerre, importants mouvements de populations, inondation, etc.). Une preuve contraire a été fournie par Eugène Poubelle qui, maire de Paris à la fin du 19ième siècle, s’illustra par une vaste politique d’assainissement de la ville. Il fit obligation à ses administrés de recourir aux bacs pour recueillir des ordures ménagères, bacs qui finirent par porter le nom de poubelles, permettant au préfet d’entrer dans l’histoire et son nom dans le Grand Dictionnaire universel dès 1890. Hippocrate en avait également conscience, lorsqu’il établissait, dans son corpus, le lien entre l’air que nous respirons, les aliments que nous consommons et notre cadre de vie d’une part, et les maladies que nous contractons d’autre part. Pasteur, au lendemain de la découverte par lui des microbes, avait déjà conscience que le microbe n’est rien, mais le milieu est tout.

Il est vrai que le 20ième siècle a connu d’importants progrès en imagerie (radiographie à la fin du 19ième siècle, échographie en 1966, scanner en 1971, imagerie par résonance en 1981), en biologie, en génétique et en thérapeutique. Grâce à ces progrès, la médecine a plus évolué au cours du dernier siècle qu’au cours du dernier millénaire. Ces indéniables progrès ont cependant moins influencé l’allongement de l’espérance de vie que les mesures d’hygiène, d’assainissement et d’alimentation mises en place en Europe au lendemain des progrès scientifiques et techniques.

Ainsi, les efforts entrepris en faveur de l’éducation, de l’accès à l’eau potable, à l’électricité et au numérique, de la nutrition et de la sécurité alimentaire, de l’hygiène et de l’assainissement, sont à encourager et à renforcer. Ces mesures, plus que les hôpitaux, auront, ici en Afrique comme ailleurs, un impact sur la santé de nos populations.

La santé est ainsi une affaire trop sérieuse pour dépendre des seuls soignants : s’il est bien d’aller mieux, il est mieux d’aller bien.

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