De quels cancers souffrent les Africains ?

Le cancer ou tumeur maligne est fait d’une prolifération de cellules anormales qui infiltrent les tissus adjacents et gagnent d’autres organes par voie lymphatique ou sanguine pour constituer des foyers secondaires (métastases). Le substantif cancer tire son origine du mot latin homonyme qui signifie crabe, Hippocrate rapprochant sa prolifération centrifuge en rayons aux pattes de celui-ci. Le fonctionnement normal de l’organisme permet au système immunitaire de le débarrasser de toute cellule anormale dès l’apparition de celle-ci. L’échappement à ce contrôle (en principe bien codifié) aboutit à sa prolifération qui se solde par la constitution d’une masse, tumeur maligne ou cancer.

Le cancer reste une préoccupation médicale, en raison de sa prévalence sans cesse croissante, adossée à l’allongement de l’espérance de vie. Il est aujourd’hui l’une des plus fréquentes causes de mortalité dans le monde, tous continent et tous sexes confondus. Il n’épargne aucune catégorie sociale, et affecte aussi bien les riches que les pauvres, les gouvernants tout comme les citoyens ordinaires. Ainsi, les cas de Boumediene, de Pompidou, de Golda Meir, du Shah d’Iran, de Mobutu, de Desmond Tutu, d’Houphouët-Boigny et de Mitterrand, ne doivent pas faire croire que le cancer est l’apanage de personnes issues des classes sociales aisées. Il est en effet établi que le nombre de cancers ira croissant dans les pays pauvres (80% des cas en 2040 selon l’Organisation Mondiale de la Santé), en raison des faibles ressources affectées à leur prévention.

Le cancer constitue l’un des importants volets des maladies non transmissibles. En Afrique où il a été longtemps négligé et éclipsé au profit des maladies infectieuses et parasitaires, son profil épidémiologique reflète aujourd’hui la transition pathologique, satellite de la transition démographique que connaît ce continent. Son incidence y est en pleine croissance, davantage de gens vivant suffisamment longtemps pour développer un cancer, avec plus d’un million de nouveaux cas chaque année. La transition pathologique, couplée à l’affinement notable des moyens de dépistage et de diagnostic, confère à cette maladie, véritable problème de santé publique, de plus en plus de visibilité. Le retard de diagnostic est étroitement lié au caractère indolore de la maladie à sa phase initiale, à l’étroitesse du plateau technique et au faible nombre de spécialistes. La prise en charge associant à des degrés variables chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie, est lourde, coûteuse, et nécessite une approche plurielle. La gravité de la maladie réside dans son pronostic potentiellement mortel, notamment en cas de diagnostic tardif, et l’espoir dans le caractère évitable de certains de ses facteurs de risque et dans la découverte de traitements de plus en plus efficaces. Tous les organes peuvent en être affectés. Cependant les cancers touchant le plus fréquemment les Africains sont ceux du foie, de la prostate, du sein, de l’utérus, des poumons, de la peau, et du sang.

Le cancer du foie est essentiellement favorisé par l’alcool et les hépatites virales B et C. Le virus de l’hépatite B est la 10ième cause de décès dans le monde et la 3ième cause de cancer. Ses victimes en Afrique sont aussi nombreuses que celles du VIH, de la tuberculose et du paludisme. L’hépatite virale, reconnue par des examens de sang, peut faire le lit du cancer du foie, souvent après sa transformation en cirrhose, complication également fréquente de l’alcoolisme. Ne pas abuser d’alcool prévient logiquement contre le cancer du foie, de même que la vaccination contre l’hépatite virale B.

Le cancer de la prostate est plus fréquent, plus précoce et plus sévère chez les Noirs que chez les Blancs, et ce, indépendamment des conditions socio-économiques et des disparités dans l’accès aux soins.  C’est le plus fréquent des cancers de l’homme, et le plus familial des cancers, le risque de survenue étant plus élevé chez les hommes dont un parent (père, oncle, frère ou fils) en est atteint. Sa fréquence augmente avec l’âge : rare avant 40 ans, il touche plus des trois quarts des hommes de plus de 80 ans. Son dépistage précoce repose sur le dosage de l’antigène spécifique de la prostate, effectué une ou deux fois par an dans le cadre du bilan de santé, et conduisant à des explorations appropriées de confirmation en cas d’élévation. Une telle approche en permet le diagnostic et le traitement précoces, garant d’un taux élevé de guérison.

Le cancer du col de l’utérus, deuxième cancer le plus fréquent chez la femme après celui du sein, survient exclusivement après une infection par un virus, de la famille des papillomavirus. Un vaccin préventif qui protège contre certains papillomavirus est disponible et permet de prévenir les deux tiers des cancers du col de l’utérus.Ce vaccin n’a aucune efficacité thérapeutique et ne protège pas les femmes infectées. La vaccination des jeunes filles doit être pratiquée entre 11 et 14 ans et toute opportunité doit être mise à profit pour initier la vaccination. L’âge de rattrapage est limité à 20 ans, cette vaccination étant d’autant plus efficace que les jeunes filles n’ont pas été encore exposées au risque de l’infection par les papillomavirus humain (premiers rapports sexuels). Le dépistage du cancer du col de l’utérus repose sur le frottis cervico-utérin, examen indolore permettant de prélever quelques cellules qui seront analysées en laboratoire, à la recherche de celles anormales ou cancéreuses. Cet examen s’effectue chez la femme de 25 à 65 ans, avec une périodicité de trois ans si le dernier frottis est normal.

Le cancer du sein, le plus fréquent des cancers féminins, représente la première cause de décès par cancer chez la femme africaine. Il est favorisé par l’obésité (surtout après la ménopause), la contraception hormonale (notamment celle renfermant des œstrogènes et de la progestérone), le traitement hormonal substitutif, les grossesses tardives ou l’absence de grossesse menée à terme, l’alcool, le diabète et les viandes grasses. En Afrique, la maladie est souvent vue à un stade avancé, au moment où elle est hors de portée de tout traitement. Fait préoccupant, plus de la moitié des femmes africaines qui en meurent ont moins de 50 ans. En outre, 60% des femmes qui en sont atteintes en meurent, contre 20% en Europe ou aux Etats-Unis. La maladie semble plus sévère et plus fréquente chez les Africaines Américaines que chez les Blanches, en raison d’une mutation génétique. Le dépistage repose sur l’autopalpation des seins, l’examen clinique des seins par un professionnel de santé, et la mammographie complétée par l’échographie.

Le cancer du poumon a comme principal facteur de risque le tabac : un fumeur a 10 à 15 fois plus de risque e développer ce cancer qu’un non-fumeur. Le tabagisme passif augmente de 26% le risque de survenue du cancer des poumons. Mais le cancer du poumon peut survenir chez le non tabagique. Des facteurs autres que le tabac peuvent favoriser la survenue du cancer du poumon : le radon, l’amiante, la pollution atmosphérique, des maladies pulmonaires chroniques (bronchite chronique, emphysème). Il résulte de ce qui précède que la lutte contre le cancer du poumon est adossée à celle contre le tabagisme.

Longtemps considéré comme maladie des riches et de l’hémisphère nord, le cancer est aujourd’hui une maladie de tous, et constitue en Afrique une préoccupation majeure. Il forme avec l’hypertension artérielle et le diabète, le trio central des maladies non transmissibles. Une vie saine, notamment exempte d’alcool et du tabac, des vaccinations et de l’activité physique, en constituent le socle de la prévention.

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