Offres publiques de formations médicales et paramédicales au Togo

Les ressources humaines constituent l’un des importants maillons du système de santé. Leur rôle est d’autant plus déterminant que le domaine est d’une extrême sensibilité, son impact indéniable à toute politique de développement, sa complexité moulée par les rapports soignant-soigné, eux-mêmes constamment influencés par la peur de la mort dont la maladie est souvent perçue comme l’antichambre. Voilà pourquoi aussi bien du côté du malade que du côté du soignant, l’imaginaire surplombe parfois et même souvent la raison. Une formation normative conditionne la mise à disposition de ressources humaines de qualité. Des ratios ont ainsi été élaborés, afin de servir de socle à l’arrimage des formations aux besoins. La planification y afférente par les gouvernants est rendue difficile pour des raisons aussi complexes qu’intriquées. Il m’a ainsi paru utile de procéder à une vue panoramique des différentes offres publiques de formation dans le domaine de la santé au Togo.

La formation des paramédicaux, la plus ancienne, remonte à 1945, avec l’ouverture de l’école des infirmiers et infirmières du Togo à Lomé, le formel succédant à l’informel mis en place par les Allemands. Ceux-ci avaient commencé à former des Togolais recrutés parmi ceux de leurs domestiques ayant des acquis rudimentaires de la langue de Goethe. Le niveau de recrutement des futurs paramédicaux a subi, au fil des années, une progression par paliers : cours élémentaire, cours moyen, certificat d’études primaires, BEPC et baccalauréat.

La formation médicale connut deux périodes : celle par les pères de la médecine togolaise, formés essentiellement en France et à Dakar, et celle par leurs héritiers issus de l’école puis de la faculté des sciences de la santé de l’Université de Lomé. Les deux premières décennies de cette institution ont été marquées par une forte présence française dans le corps enseignant, les cours étant majoritairement dispensés par des coopérants résidant au Togo, ou lors de missions d’enseignants venus essentiellement de Paris ou de Lille.

L’entrée dans les écoles paramédicales se fait par voie exclusive de concours pour les nationaux. Le concours est très sélectif, le tout dernier ayant eu un taux de réussite de 5%. Il s’agit parois d’un choix de dernier recours, effectué après une infructueuse première année de médecine ou après l’obtention d’une licence dans un domaine purement cognitif chez un jeune en quête d’un métier. Dans tous les cas, l’on assiste au fil des années à la candidature de jeunes gens nantis d’une solide base leur permettant de se démarquer nettement du lot lors du concours d’entrée.

Les études médicales ont longtemps été soumises à un numerus clausus, avec une approche foncièrement rationnelle et très sélective, basée sur les sciences exactes, et un fort taux d’exclusion sans recours, aujourd’hui atténué par le système LMD. A ce jour, les offres de formation, arrimées au système LMD, sont résumées dans le tableau 1.

Tableau 1 : Offres de formation dans le domaine de la santé au Togo

Nom Site  Date d’ouverture Niveau Filières
Faculté des sciences de la santé de l’UL Lomé 1970 Doctorat

Post-doctorat

Médecins

Pharmaciens

Dentistes

Spécialistes (15 spécialités)

Faculté des sciences de la santé de l’UK Kara 2016 Doctorat Médecins (1ière promotion en 2023)
École des assistants médicaux Lomé 1972 Master Assistants médicaux

Masters professionnels (5 filières)

École nationale des auxiliaires médicaux Lomé 1945 Licence Infirmiers d’État, Masseurs-kinésithérapeutes, Assistants d’hygiène, Auxiliaires en pharmacie, Techniciens orthoprothésistes, Techniciens en ophtalmologie, Techniciens en radiologie, Techniciens en instrumentation chirurgicale, Orthophonistes, Ergothérapeutes
École nationale de sage-femmes Lomé 1964 Licence Sage-femmes
École nationale des auxiliaires médicaux

 

École nationale de sage-femmes

 

Kara

Tsévié

Atakpamé

Kpalimé

Dapaong

2009

2018

2018

2018

2018

Licence Infirmiers d’État

Sage-femmes

École des aides sanitaires Sokodé 1976 BEPC + 3 ans Accoucheuses auxiliaires

Infirmiers auxiliaires

L’ensemble des entités forment à ce jour plus de 1200 agents chaque année, comme illustré par le tableau 2.

 

Tableau 2 : Nombre d’agents de santé formés en 2021 dans les écoles et facultés

Profils des agents formés Nombre d’agents formés
Médecins généralistes 192
Médecins spécialistes 123
Pharmaciens 47
Sage-femmes 195
Infirmiers d’État 299
Infirmiers auxiliaires 56
Accoucheuses auxiliaires 59
Techniciens de laboratoire 58
Autres paramédicaux 187
Total 1216

Du dispositif en place, se dégagent les constats suivants : le Togo est assez bien nanti en matière de sites de formations médicale et paramédicale, tant en répartition géographique qu’en diversité de filières ; il existe un bon arrimage entre les différentes entités de formation (favorisée par la vision imprimée aux écoles dès leur ouverture), en phase avec les trois niveaux du système LMD, et de l’approche par compétence, introduite dans nos écoles paramédicales depuis une douzaine d’années ; le dispositif en place a facilité l’universitarisation des écoles paramédicales ; les évaluations externes répétées menées tous les trois ans, notamment dans des filières paramédicales à vocation régionale (orthoprothésie, orthophonie), sont gage d’une normativité et d’une orthodoxie qui se répercutent sur l’ensemble des écoles.

Les problèmes et défis auxquels il faut faire face, et communs à de nombreux autres pays, notamment africains, sont : la fuite de cerveaux, notamment des médecins, véritable entrave à toute planification et à l’arrimage de la formation aux besoins sanitaires : de 1970 à 2010, 40% des 700 médecins togolais formés à la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé exerçaient à l’étranger. En outre, dans le lot de ceux exerçant déjà comme agents de l’État, chaque circonstance sanitaire majeure permet l’identification puis la ponction d’agents de qualité par les organismes partenaires, aux conditions salariales plus attractives ; au sein du corps médical, on disposera de moins en moins  de généralistes, le souci de se spécialiser étant constant, et se manifestant dès avant la soutenance de thèse ou au plus tard dans les deux premières  années d’exercice chez le généraliste pratiquant ; la santé publique et ses spécialités connexes ont le vent en poupe, parce que procurant de meilleures conditions salariales, recherchés que  sont leurs détenteurs par les organismes non gouvernementaux ou internationaux, à l’inverse des spécialités cliniques, plus exigeantes et souvent moins lucratives. La conséquence en est le risque de pénurie de soignants de qualité dans les hôpitaux ; pour les futurs médecins, un équilibre est à trouver entre l’approche excessivement sélective initialement adoptée, et l’ouverture des vannes, préconisée par certains acteurs. Des réflexions sont menées à différents niveaux pour faire face à tous ces défis.

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