La gestion : incontournable pilier d’un système de santé robuste et résilient

Une tendance dommageable consiste à réduire la problématique de la santé à celle de la médecine. La même logique conduit à restreindre le ministère de la santé à celui de la médecine. Or, il est indéniable que la santé est une affaire trop sérieuse pour être réduite à sa seule composante médicale. De même, il est indéniable qu’un système de santé n’est viable et efficace qu’arrimé à une gestion correcte. Rendre opérationnelle et accessible une formation sanitaire est plus difficile que de la construire et de l’équiper. L’espérance de vie fonctionnelle d’un hôpital est étroitement liée à sa bonne gestion. Bien gérer, ici comme ailleurs, hier comme aujourd’hui, est indissociable de la rigueur. Bien gérer est d’autant plus impérieux que les ressources sont limitées. Bien gérer est indissociable du principe selon lequel ne pas pouvoir tout faire ne saurait justifier le fait de ne rien faire. L’attrait dont jouissent souvent les hôpitaux confessionnels en Afrique résulte de leur bonne gestion, et non du seul effet du Saint Esprit, qui est ubiquitaire !

La bonne gestion relève plus du comportement que du savoir-faire. Elle fait appel au bon sens, et constitue le meilleur moyen de mobilisation des ressources. Elle fait appel aux fondamentaux et aux basiques servant de socle aux règles de droit. Sa contextualisation au cadre africain permet de retenir certains de ses aspects saillants :

  • La propreté et l’hygiène sont un impératif : l’on peut être pauvre et démuni, sans perdre de vue la nécessité d’être propre. Les centres de soins que sont les hôpitaux et les dispensaires doivent se distinguer par leur propreté, fruit de l’état d’esprit et des attitudes des acteurs qui les animent. Balayer, nettoyer et laver en sont les actions phares, et sont à la portée de tous. La propreté et l’hygiène qui en résultent constituent un excellent critère d’évaluation d’un centre de soins. Sans elles, les autres actions sont vaines. Bien que ceci ait été connu et établi depuis la nuit des temps, il importe de rappeler le rôle de l’hygiène et de l’assainissement dans l’allongement de l’espérance de vie qu’elles ont fortement impacté, et ce bien avant la révolution thérapeutique qui commence en 1938 avec les premiers antibiotiques.
  • L’on doit éviter de faire jouer à un outil ou à un matériel un rôle différent du sien : une ambulance est destinée au transport de malades et non à celui de marchandises ou de produits vivriers. Avant de chercher à combler le gap en ambulances d’une région sanitaire, il importe de s’assurer que celle existant joue effectivement et exclusivement le rôle à elle dévolu. Dans le cas contraire, la première étape consiste à prendre des dispositions allant dans le sens de l’orthodoxie. De même, les moustiquaires ne doivent pas servir de filets aux pêcheurs !
  • Il faut veiller au tarissement de toutes les sources de déperdition et de détournement, qu’il s’agisse de détournement d’objectif ou de détournement de moyen. Cette notion est d’autant plus importante que la société actuelle est soumise au diktat de l’immédiateté, à la tyrannie du cumul, et à la primauté de l’avoir sur l’être, avec une prolifération des besoins qui ne sont ni naturels ni nécessaires. L’informatisation permet aujourd’hui de limiter les détournements et les fraudes, à travers l’effectivité des encaissements des recettes des différentes prestations. De même, la productivité des agents est à évaluer, et les plaintes des malades enregistrées. La parfaite application de textes régissant le fonctionnement de l’État contribue, ici comme ailleurs, à l’attribution et à l’exécution orthodoxes des marchés, et permet à chacun de gagner son dû, sans risque d’amputation de celui-ci à un niveau quelconque de la hiérarchie. Les ateliers et les séminaires doivent avoir des thèmes pertinents comme soubassement, et non la course effrénée au per diem, qui a fini par induire un don d’ubiquité aux agents de santé.
  • Le respect des clauses et la quête de pertinence doivent régir l’attitude à l’égard des partenaires dont l’appui ne saurait nous dispenser de nos responsabilités : le compter sur soi, indissociable du respect de soi, est le fer de lance de tout développement. De même, doit être évité l’arrimage souvent observé de l’ailleurs au meilleur. L’application des textes, nettement mieux que leur élaboration et leur diffusion, sert de sève nourricière à l’autorité et au commandement. La cohérence recommande de s’imposer à soi-même la bonne conduite professionnelle (ponctualité, assiduité, dévouement, sincérité, loyauté, honnêteté, etc.) que l’on exige de ses subordonnés. La culture générale et l’honnêteté sont les piliers fondamentaux du commandement, selon de Gaulle. Elles permettent de traiter avec respect et justice ses collaborateurs, et de leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes.
  • La redevabilité nous concerne tous et résiste à tous les grades et à tous les statuts. L’adéquation entre ressources (humaines, financières et matérielles) et productivité doit être constamment recherchée. Le silence couplé à l’action caractérise la plus efficace des communications.

A ces aspects caractéristiques d’une bonne gestion, doit être alliée l’attitude bienveillante et empathique des acteurs, conforme à la déontologie et à l’éthique médicales, le tout servant d’assise à une médecine humaine et efficace, répondant à notre serment, à notre engagement et à la raison d’être de notre art : soulager la souffrance de nos semblables.

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