Discours d’ouverture du Huitième Congrès de la FATO Lomé, le 21 août 2016

Nous voici une fois encore réunis à ce rituel biennal qui fait de plus en plus corps avec notre conscience et notre pratique, car de plus en plus méthodique, de mieux en mieux organisé et de plus en plus tentaculaire. Il s’agit du congrès de la Fédération Africaine des Techniciens Orthoprothésistes dont les fondateurs, inspirés par Victor Hugo, ont su allier raison et imagination, socle d’une entité où l’action est entièrement dictée par la vision, répondant à un vœu très cher à Nelson Mandela. Nous ne pouvons qu’être admiratifs de ces pères fondateurs à qui nous rendons un vibrant hommage. Leur dévouement est sans limite, de même que leur sens de partage, leur sens de la négociation et leur foi en eux-mêmes et à leurs cadets. Leurs faits et gestes prouvent à suffisance qu’ils ont conscience des cinq étapes de la vie : apprendre à faire, faire, montrer comment faire, faire faire, et laisser faire.

FATO : Fédération Africaine des Techniciens Orthoprothésistes. Les quatre mots amarrés pour désigner notre institution sont tellement riches qu’ils peuvent servir d’ossature à mes propos.

Fédération : une prise de conscience a conduit ce corps de paramédicaux à se regrouper en association sous une autorité commune. La force pouvant résulter de l’union est inéluctable, à condition que les différentes composantes soient des entités positives auxquelles, conformément aux enseignements de Newton, on imprime des actions convergentes. Le rayonnement de la FATO réside tant dans la nature des relations de ses membres entre eux que dans celles entretenues avec les différents partenaires, fondée sur l’estime réciproque qu’exigent les rapports entre confrères, l’intelligence qu’exigent les rapports entre collègues, et l’équité qu’exigent les rapports entre associés. On garde ainsi un partenariat maintenant intact le sens de responsabilité, où la solidarité dans le malheur se dissocie constamment de la solidarité dans le mal.

Africaine : cette épithète a le grand mérite de rappeler le principal site d’action des membres de notre association. Longtemps assaillie par des maladies transmissibles, notamment infectieuses et parasitaires, l’Afrique, en transition démographique, est aussi assujettie aux maladies non transmissibles. Le champ d’action des différents corps de métier de rééducation et de réadaptation se trouve ainsi élargi : la poliomyélite, heureusement en voie d’extinction, par les paralysies qu’elle engendrait ; le paludisme grave, par ses possibles répercussions sur les organes de sens ; l’hypertension artérielle et le diabète, par les accidents vasculaires cérébraux qu’ils génèrent ; les accidents de la voie publique, en étroit rapport avec l’urbanisation ; sans oublier les déficiences issues des maladies congénitales, depuis que notre lointain ancêtre, faisant initialement usage de quatre pattes, s’est  progressivement redressé pour marcher sur deux pieds.

Techniciens orthoprothésistes : il s’agit de paramédicaux faisant usage de techniques, c’est-à-dire mettant à exécution des résultats tirés de connaissances scientifiques. Ils doivent ainsi se montrer perméables à la pensée de Jean Rostand, pour qui la science a fait de nous des dieux avant que nous méritions d’être des hommes. La tribune offerte par le présent congrès est un excellent cadre d’échanges d’expériences, ainsi que de formation continue, sachant que ce qui est imprimé est rapidement périmé. Je salue les auteurs des différentes communications et les animateurs des différents symposiums portant sur des thèmes divers et variés, balayant les différents champs de la rééducation, de l’orthopédie et de la réadaptation, faisant état de données de votre pratique quotidienne, et rendant compte d’avancées et de progrès dans ces domaines. Le niveau et la portée scientifiques des travaux sont à saluer, de même que la prise en compte du cadre et du contexte africains.

La démarche et les actions de la FATO, que l’on peut sans exagération aucune citer en exemple sur notre continent, cadrent avec les préoccupations du Gouvernement togolais, inspirées par le Chef de l’État, et présentes dans notre plan de développement sanitaire. Votre présence massive à ce congrès et vos diverses contributions sont pour nous un réel motif d’espoir, né de votre aptitude avérée :

  • A prendre une part active dans la grande famille des orthoprothésistes du monde, conscients que vous êtes de la contribution attendue de notre continent ;
  • A contribuer à mettre un terme ou tout au moins à atténuer la stigmatisation dont sont victimes les handicapés, conscients que vous êtes que la perception par autrui peut être plus dévastatrice que le réellement vécu ;
  • A aider à mener des actions de prévention en agissant sur les facteurs de risque, convaincus que vous êtes que c’est bien d’aller mieux, mais c’est mieux d’aller bien ;
  • A constamment prendre en compte, dans votre pratique, le caractère unique de chaque cas, car ce qui est vrai pour une maladie peut être faux pour un malade ;
  • A prendre en compte l’habituelle précarité du handicapé africain, ainsi que de la faiblesse du budget consacrée à la recherche en Afrique, attentifs que vous êtes à Frazier, pour qui la nature est probabiliste, l’information incomplète, les ressources limitées, les résultats essentiels, et les décisions obligatoires.

Sur ce, je déclare ouvert le 8ième Congrès International de la Fédération Africaine des Techniciens Orthoprothésistes auquel je souhaite un plein succès.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

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